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Zoom Arts #44 - Rencontre avec Christine Schleef, céramiste

« Une aile d’oiseau doit avoir un beau volume, tu peux rajouter quelques plumes ». Je viens d’entrer en plein cours dans l’atelier de Christine Schleef. Sur les tables couvertes de poussière couleur argile, où trainent des rouleaux et des morceaux de peignes, des oiseaux et des grenouilles naissent de la terre que les élèves modèlent.

Christine Schleef  est céramiste. « C’est l’ensemble des techniques qui utilisent la terre » me précise t’elle. Habituée depuis l’âge de 13 ans aux cours du soir des Beaux Arts, c’est tout naturellement qu’elle intègre l’Ecole supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg après le Bac et en ressort avec un diplôme de céramiste potier.

De la fenêtre de l’atelier, dans les hauteurs de Rozerieulles, j’aperçois le jardin. Il semble agrémenté de quelques sculptures : voilà ma curiosité piquée à vif. Christine m’emmène découvrir cette exposition improvisée. Dans le jour qui décline j’entrevois, ici et là, quelques poules, de gros insectes et un chat, tous de terre vêtus. Pour chaque gallinacé, il faut compter trois jours de travail. Il faut d’abord faire une base, puis laisser durcir le grès pour monter peu à peu les bords, sans structure métallique. La patience est donc de rigueur et à cette difficulté s’ajoute le travail des plumes, modelées une à une pour créer le volume de l’animal. Finalement, ces jolies poules rondouillardes semblent être retournées à l’état sauvage pour picorer dans le potager. Mais pourquoi donc des poules ? « J’y suis venue naturellement après une commande » m’explique Christine, « depuis, je ne me suis jamais arrêtée ! ». Aux animaux qui peuplent le jardin, s’ajoutent quelques petits personnages timides qui se hissent discrètement hors de leurs vases aux formes insolites. « Je n’aime pas ce qui est droit ! » s’exclame Christine en riant, « en progressant dans la technique, on peut se permettre d’essayer de nouvelles formes ».

Depuis des années, elle partage la vie de Pierre Koppe, peintre et céramiste, lui aussi. C’est à ses côtés qu’elle a réalisé, une vingtaine d’années durant, des panneaux muraux. Son préféré, c’est celui réalisé dans les bâtiments de l’OPAC à Metz. Pour m’en parler, Christine m’emmène dans une grande pièce où sont exposées les œuvres du couple. « Voilà mon book, ce sont tous les panneaux muraux réalisés et voici la cage d’escalier de l’OPAC réalisée en 1987 ». Un grand arbre, représentant les différents âges de l’architecture, jouxte l’escalier. Au premier niveau on voit les habitations humaines primitives. Un étage plus haut on découvre des grottes, des architectures en terre et de petites fenêtres. Puis au troisième palier, des colonnes égyptiennes, grecques et romaines se suivent avant de laisser la place à l’art roman, gothique et nouveau. Le sens du détail de Christine Schleef est réjouissant : dans ce mélange de style, quelques colonnes ioniques se font remarquer.  Enfin, c’est l’architecture des années 1980 qui domine au quatrième et dernier palier.

Chaque semaine, depuis 25 ans, elle donne des cours dans son atelier et tous les niveaux s’y côtoient. «  Mes élèves m’attendent, je m’absente quelques minutes ! » me dit Christine dans un sourire, me laissant seule avec son book. J’en profite pour le feuilleter et je découvre un univers très coloré. Christine colore elle-même ses argiles. Du blanc cassé au noir métal une fois émaillé, en passant par le rouge ou le bleu, les couleurs participent à cet univers poétique. Dans les structures des panneaux muraux on retrouve quelques maisons, de petites briques, émaillées ou non, mais aussi des lettres. Pour l’entrée de l’école de Rozerieulles, réalisée en 1996, Christine choisit de jouer avec ces dernières. Devant les portes, elles s’entremêlent et valsent ensemble. « Aux Arts Déco, la typographie est le cours qui m’a le plus passionné » m’explique t’elle à son retour, « j’aime jouer avec elle, la déformer, en créer de nouvelles ».

Quand je l’interroge sur ses dernières expositions, Christine me confie se tourner plus facilement vers des fêtes des jardins, des festivals en plein air, plutôt que des galeries. Quel meilleur moyen de rendre leur liberté à toutes ces petites créatures ? 

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